Jean-François Servat trouve le matériau de ses sculptures en bois flotté sur les rives de la Gironde, facilement accessibles depuis Saint-Julien. Ces morceaux viennent parfois de très loin, apportés par les marées, surtout lors des grandes eaux. On peut même y trouver des coquillages du golfe de Gascogne encore accrochés au bois. Jean-François aime en parler :
« Je ramasse des bois en bordure de la Gironde, pas à la plage. La plage, c’est à trente kilomètres d’ici, la Gironde, c’est à un kilomètre. Avant tout, ce sont des bois qui arrivent de l’estuaire, qui sont entrés par Le Verdon. Je ne connais pas leur histoire ni toujours leur provenance. Je reconnais les bois d’ici, les chênes et les acacias, mais d’autres peuvent venir de bien plus loin, même d’Amérique. Il n’y a pas longtemps, j’ai ramassé cet olivier… »
Il me montre alors un grand morceau d’olivier, à peine travaillé, mais d’une forme impressionnante. Au début, il sculptait seulement au couteau des figurines et une crèche. Puis il a commencé à ramasser le bois flotté de la Gironde et a développé, avec le temps, un regard capable d’imaginer ce que chaque trouvaille pouvait devenir.
« Ce sont les trous qui me donnent les yeux. C’est à partir de là que je gratte un peu, mais mes repères sont les trous ou les nœuds. Voyez un simple bout de bois : si vous le placez comme ça, il devient un canard… »
Un nœud devient naturellement un œil, et juste à côté apparaît un bec : un canard. Une gueule ouverte, prolongée vers l’avant : un espadon. Parfois, deux, trois pièces ou davantage, une fois assemblées, font naître un animal imaginaire. Ainsi apparaissent des grillons, une tête de cheval ou d’éléphant, un ensemble réunissant ragondin et serpent…
« Mon atelier est dehors et partout. Si c’est trop lourd, je commence au bord de la rivière. Dans mes sculptures, il n’y a que du bois. Tout tient avec du bois et de la colle, soit c’est démontable, soit c’est collé. Je me sers uniquement du bois apporté par la rivière. À la rigueur, je prends une branche de chêne pour faire les pattes d’un oiseau, mais c’est rare… »
Jean-François travaille uniquement avec des chevilles en bois et de la colle. Il lui faut peu d’outils : un couteau, une lime, un maillet en caoutchouc et un étau, des outils que l’on trouve dans tout atelier de bricolage. Pour réaliser sa propre sculpture, il ne manque alors que le bois flotté. Et si l’on allait se promener au bord de la Gironde ?