Même certaines de nos fleurs préférées ont tendance à proliférer démesurément. Tout jardinier sait qu’il faut limiter leur expansion, mais on n’aime pas jeter ces belles plantes au compost. Quelle chance qu’il existe le « troc » : j’y apporte mes bulbes de muguet et je rentre satisfaite avec les tubercules de dahlias que quelqu’un vient d’y déposer. Ce système d’échange est bien connu dans notre région et volontiers pratiqué.
Entre-temps, nous en avons découvert une variante très particulière. Cette année encore, notre figuier porte une quantité incroyable de fruits. Il a commencé dès la mi-août et, à la fin septembre, il reste toujours quelques figues à cueillir. Très attendues au début, elles ont comblé tous nos besoins au bout de deux semaines au plus tard : les réserves de confiture, de confit de figues et de chutney sont pleines. Nous avons préparé de nombreux plats aux figues et enrichi notre classique, les figues aux poivrons, d’une nouvelle variante délicieuse : du magret de canard accompagné de figues revenues dans la graisse de cuisson – un régal.

Commence alors la période de distribution. Nous avons de nombreux amis et connaissances qui ne possèdent pas de figuier mais trouvent nos fruits particulièrement savoureux – comme cet ami qui nous a offert une aquarelle de l’arbre. Nous ne nous y attendions pas, mais l’avons accepté avec reconnaissance : là aussi, un « troc » s’est instauré. Nous avons reçu des coings, des courgettes, des potirons, des haricots, des mirabelles, des nashis et des œufs. Des amis sans jardin nous ont aussi offert des biscuits, de la bière ou même une traduction en français. Ainsi, cet arbre n’est pas seulement une véritable merveille, mais aussi une corne d’abondance.
La particularité bienfaisante de cet échange : personne n’attend rien, chacun est heureux de donner et se réjouit du plaisir des autres.
Notre arbre donnera-t-il encore des fruits l’année prochaine ? Et si oui, combien ?